Christophe Zoogones : Le jazz-maloya dans les notes

Baigné dans la musique dès son plus jeune âge,  Christophe Zoogonès est  un flûtiste de jazz et compositeur réunionnais. À la fois interprète et professeur respecté, il revendique son métissage et sa créolité à travers les musiques traditionnelles et sacrées. Rencontre avec un artiste qui a été inspiré par le gospel pour trouver les bonnes notes.

Tes premiers  pas dans la flûte?

Je n’ai vraiment pas choisi la flûte, c’est plutôt elle qui m’a choisi. Ma première flûte était un cadeau de ma grand-mère, j’avais 12 ans. Quelque part,  j’ai voulu lui faire honneur et faire honneur à ce cadeau qui est devenu mon leitmotiv plus tard. 

Quelle flûte as-tu choisi ? 

J’ai commencé avec la flûte à bec au collège des Alizés au Chaudron. Puis au fur et à mesure de mon apprentissage je suis passé à la traversière. Elle est comme un être humain, elle est composée d’une tête, d’un corps et d’une patte, de façon très imagée bien évidemment, elle est changeante, inspirante, vibrante. Je crois que c’est la seule chose que je garderai si jamais je perds tout.

Tes débuts dans la musique? Quel genre?

Je suis né dans une famille de musiciens, mes débuts étaient à l’église, je jouais tous les dimanches matin. Pourquoi la flûte traversière ? Plutôt pourquoi un instrument à vent ? Parce qu’on te reconnait à ton son.  J’écoutais beaucoup de gospel très jeune, en plus j’avais beaucoup d’amis flûtistes au conservatoire, ça m’a paru comme une évidence du coup. Mon chemin de vie est le jazz. Pourquoi cette musique?  Parce que c’est une manière de vivre, de penser, de s’exprimer, une forme de  liberté sans doute !

Je pense que toute cette philosophie correspondait à ma personnalité, à mon caractère comme le morceau d’un puzzle manquant.  

Ton métier ? 

J’enseigne le jazz auprès d’un public d’adultes et d’adolescents  depuis quelques années à l’Ecole intercommunale de Beauséjour à Sainte-Marie. J’aime beaucoup partager ce que j’ai appris, paradoxalement c’est là qu’on apprend le plus. Michel Petrucciani disait que les gens aiment le jazz mais ils ne savent pas ce que c’est. Moi, j’essaie juste de leur mettre sous les yeux ce qu’ils aiment déjà. 

La flûte est devenue mon métier et également ma passion ce qui m’amène à voir les choses autrement : faire des concerts, faire des albums, vibrer et partager collaborer avec des musiciens, c’est cela  ma vocation!

Ton meilleur souvenir d’artiste?

Je garde un bon souvenir (et pire en même temps) du théâtre plein air de Saint Gilles lors du festival Total Jazz en 2016,  une scène mythique et inoubliable. J’ai eu la chance de présenter mon premier album Kind of zoo. En arrivant sur scène, j’avais oublié le cordon pour mon sax électronique dans les loges.  Un moment de stress intense ! J’étais décomposé sur place: je suis sorti de scène discrètement pendant un solo du bassiste et j’ai couru vers les loges qui n’étaient pas très proches, juste le temps de revenir.  Je crois que le public  n’a vu que du feu, du moins je l’espère !

Combien d’albums as-tu à ton actif? 

J’ai 3 albums en tant que compositeur : 

Limé mwin (soul caribéenne) en collaboration avec la chanteuse Gaby Diop, une expérience et un projet enrichissant;

Kind of zoo (jazz, world) mon premier album jazz en tant que leader, une sorte de mise à nue, une synthèse de mes racines réunionnaises et du jazz, 

– et  ZOOLOGY (jazz fusion) mon deuxième album jazz, une volonté d’explorer et d’expérimenter le format quartet jazz, une synthèse de mes influences de mes débuts.

Un titre ou des titres qui te touche (nt)?

Beaucoup de titres de l’album ZOOLOGY font référence à ma vie à ce qui me touche. Mais celui qui me tient à cœur est Portrait of Marvyn : un hommage à mon fils. Les enfants c’est ce qu’il nous reste de plus important dans ce bas monde.

Unusual appearance fait référence à ceux qui sont différents physiquement dans une société du paraître. 

Précious name est une chanson inspirée d’un psaume écrit et chanté par ma cousine, une manière à moi de vouloir me recentrer sur l’essentiel.

 Pour le reste, je souhaite que chaque titre devienne un écho chez celui qui l’écoute.

Comment choisis-tu tes collaborateurs? Comment se passent tes compositions?

Mes collaborateurs sont des musiciens avec qui j’ai des affinités musicales (évidemment), humaines (super important) mais aussi culturelles (le must). Des musiciens de renommée nationale et internationale pour certains, j’ai de la chance de les avoir. Je suis accompagné de  Hadrien FERAUD à la basse, de Jerry LEONIDE au piano et de Yoann SCHMIDT à la batterie. 

Chacun a sa manière de composer, quand cela devient un besoin, une nécessité, un chemin de vie, avec le désir de partager la musique, on va forcément trouver le moyen de composer, d’organiser et exprimer ses idées. Je suis produit par Ilona records, une maison de disques de jazz française, une production comme j’ai rarement vu.


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